L’Iroko, arbre endémique et sacré du Bénin

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L’Iroko est une plante géante plante poussant en forêt dense et dans les galeries forestières, en savanes. Son nom scientifique est Milicia excelsa. L’Iroko est une espèce qui fait partie de la famille des Moracées ou Moraceace. Il se retrouve dans les grandes forêts de l’Afrique en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Gabon, au Mozambique, en Angola, au Ghana, Niger, Nigéria et au Bénin.

Aussi appelé l’arbre fétiche, l’Iroko est un arbre sacré avec des dimensions spirituelles. Cet arbre qui peut atteindre 50 m de long a une richesse naturelle et traditionnelle importante qui fait qu’il fait partie des arbres les plus importants de l’histoire du Bénin. Il est de fait craint et vénéré à la fois. Il porte différents noms dans les différentes langues parlées au Bénin, avec diverses caractéristiques et vertus très importantes.

L’Iroko est un arbre sacré de son vivant ou mort et porte un seul fruit par an (é non mon loko aza goun kwin do asa ton min an).

L'Iroko, un arbre sacré du Bénin - Visiter-le-benin.com ©
L’Iroko, un arbre sacré du Bénin – Visiter-le-benin.com ©

Différentes appelations de l’Iroko en langues locales béninoises.

  • Français : Iroko, Teck africain ou chêne africain
  • Noms vernaculaires : Lokotin
  • Fon et Goun : Loko
  • Sahouè : Loko
  • Yorouba : Iroko
  • Nago : Iroko ou irawé igbo
  • Mina : Lokoti
  • Adja : Wouklogba
  • Wachi : Lokoazagoun
  • Bariba : Danbaka ou Dangbeka
  • Dendi : Daabi
  • Yom : Soowou

L’iroko, arbre fétiche

L’Iroko est composé entre autres d’un très beau tronc imposant qui peut atteindre plus de 25 mètres de haut et de 1,40 m de diamètre.il est associé à des valeurs culturelles endogènes fortes et est considéré à raison comme un arbre fétiche, respecté et craint par tout courant religieux.

L’arbre fétiche est également utilisé en médecine traditionnelle dans son aire de culture : le guérisseur traditionnel se confie toujours à un iroko avant de pouvoir soigner certaines maladies liées à la sorcellerie et à l’envoutement.

Ces féticheurs traditionnels font souvent des incantations (Bogbé en fon) pour le vénérer avant de s’en approcher dont l’une célèbre est : « Loko do gbè gni vodoun, é lokou é lè gni vodoun », qui signifie « l’arbre Iroko vivant est fétiche ; même mort il demeure toujours fétiche ».

Les caractéristiques de l’Iroko

Grand arbre d’Afrique atteignant 50 m de hauteur et 1,4 m de circonférence aux feuilles oblong-elliptiques, de 8 à 16 cm de longueur et de 6 à 8 cm de largeur, pubérulentes.
Des nervures latérales de 14 à 18 paires, proéminentes sur la face inférieure ; pétiole de 3 à 6 cm de longueur.
Inflorescences en châtons ; les mâles mesurent jusqu’à 20 cm de longueur, grêles, les femelles, plus courtes et pus robustes, mesurant jusqu’à 4 cm de longueur.
Infrutescences cylindriques de 4 à 5 cm de longueur et jusqu’à 2 cm de diamètre, charnues.

Les usages de l’iroko ou de ses graines

L’Iroko est constitué d’un bois blond, exporté de l’Afrique vers les autres continents du monde entier comme bois exotique , au tissage fin et aux veines discrètes. Ses propriétés et caractéristiques font de lui un bois unique et exceptionnel. Il est particulièrement utilisé dans la construction de meubles surtout d’extérieur, pour les parquets, les boiseries. L’ébénisterie exploite son grain. 

Au Bénin, aire culturelle du vaudou, l’iroko est un arbre fétiche respecté et craint. Ainsi sa sacralisation constitue le moyen fondamental de conservation de l’arbre par les populations locales.

Les vertus des graines d’iroko

Dans l’histoire des civilisations noires et particulièrement celle du Dahomey, actuel Bénin, certains arbres étaient considérés comme des êtres vivants ou des divinités disposant des pouvoirs mystérieux. Les puissances magiques transmises par ses arbres ont donné lieu à de plusieurs légendes dont certaines familles ou villes portent aujourd’hui le nom Iroko.

C’est le cas par exemple de la ville de Lokossa dans le département du Mono et le nom du grand historien, Professeur Félix IROKO.

Aujourd’hui, des siècles après, l’arbre iroko continue toujours de se manifester à travers sa puissance et assistance magique puisées de son écorce, sa racine, ses fruits et feuilles.
Son noyau est d’une véritable puissance contre beaucoup de phénomènes d’ordre mystique et de maladies comme l’asthme, la stérilité chez la femme, l’épilepsie, la sorcellerie et l’envoûtement.

Quelques vertus

Asthme

Les décoctions de l’écorce du tronc de l’roko peut guérir l’atshme car c’est un puissant déboucheur respiratoire.

STERILITES chez la FEMME.

Ingrédients

Feuilles de Dangblan, deux poignées de feuilles d’Iroko, associées au savon noir (Adi wiwi

Composition : calciner les éléments cité-ci-dessus.
Posologie : une cuillérée a café de la poudre à mélanger avec une boule d’akassa.

Prendre 1 cuillérée à café dans  de l’eau  légèrement chaude 1 fois par jour pendant 3 jours à la fin des menstrues.

EPILEPSIE :

Faire un décoté de l’écorce de l’arbre et ajouté du lait frais.
Posologie : Boire un verre à bière une fois par jours.

Contre la sorcellerie 

(Écorce + feuilles en décoction en bain) ; les racines qui traversent la voie sont très recherchées à des fins magiques.

L’iroko a une capacité de stockage du CO2

Naturellement tous les arbres n’ont pas les mêmes forces. Ce qui démarque encore plus l’arbre iroko, c’est sa capacité à être des puits à carbone

En effet, la nature de certains arbres est de capturer le dioxyde de carbone (CO2): c’est le cas de l’iroko

Les racines de l’iroko puisent dans le sol des minéraux contenant du calcium dont ils ont besoin et le stockent sous forme de cristaux d’oxalate de calcium en quantité importante. Quand l’arbre se décompose, par un processus de réaction chimique complexe auquel participent des bactéries, ces cristaux sont dégradés en calcaire.

Une fois rejetés, les cristaux se transforment en calcaire à l’aide de bactéries qui utilisent du CO2 soluble. C’est ainsi que les sols de la forêt tropicale accumulent d’immenses quantités de CO2 sous forme de calcaire pendant un million d’années au moins.

Ainsi, l’iroko a la capacité à amender le sol.

Cette faculté d’enrichir le sol de l’iroko basée sur ce mécanisme naturel a été découvert par un chercheur suisse, Eric Verrechia. Des scientifiques se sont attaqués au projet de reproduire artificiellement cette capture naturelle du carbone.

  • Selon ces chercheurs suisses :  » Un seul arbre suffirait à stabiliser sous forme de calcaire la concentration de CO2 dans la colonne d’air située au-dessus d’une surface de 1.000 m2  » .

De quoi amplifier et reproduire le rôle de l’iroko, un arbre qui n’a pas fini d’être mis en avant bien que la surexploitation des ressources forestières engendre de fortes menaces sur cette espèce. Un argument de plus contre la déforestation.

Légende de la ville de LOKOSSA, chef-lieu du département de Mono au Bénin, doit son nom à l’arbre Iroko (Source Radio France Internationale Rfi):

Fuyant la traite négrière qui sévissait dans le Sud de l’actuel Bénin au XVIIIe siècle, le peuple kotafon aurait trouvé refuge sur une terre où se trouvait un iroko (arbre). C’est à cet arbre immense que la ville de Lokossa, chef-lieu du département de Mono, doit aujourd’hui son nom. Retour sur un pan de l’histoire de l’ancien royaume du Dahomey. 

Il serait venu d’Allada, plus précisément de Toffo, dans le département de l’Atlantique, au Bénin. Fuyant la traite négrière qui sévissait dans le Sud de l’actuel Bénin, le peuple kotafon serait parti en quête d’une terre d’asile.


Le roi Totoh aurait alors consulté un oracle, appelé le Fâ, qui lui aurait indiqué l’existence d’une terre où se tenait un gros iroko. C’est ici qu’il devait s’installer avec son peuple pour vivre en paix. Afin de trouver cette terre d’asile, le roi Totoh aurait sollicité l’aide de Kossou Agbon, un homme aux pouvoirs mystiques, ainsi que celle de deux autres personnages, Agbo-Doglo et Boko Satchi.

Un nid de guêpes sur sa tête

A en croire ses descendants, la tête de Kossou Agbon abritait un nid de guêpes. Ces insectes survolaient sa tête dans ses déplacements et ne se retranchaient dans leur nid que lorsque ce dernier était au repos.

Ce mystérieux personnage de la localité d’Agongo à Toffo traversa des forêts et cours d’eau avec ses deux compagnons de mission. Ils arrivèrent d’abord à Alligoudo, un village situé aujourd’hui dans l’arrondissement d’Agamè, dans la commune de Lokossa. Mais ils ne trouvèrent aucun lieu ressemblant à celui indiqué dans la prédiction de l’oracle.

Les trois hommes échouèrent ensuite à Avédji, un village de l’arrondissement de Ouèdèmè, commune de Lokossa dans le département du Mono.
Les autochtones de ce village, la peur au ventre à la vue de l’étrange Kossou, les installèrent un peu plus loin dans une localité appelée de nos jours «Toguèmè».
Mais les trois explorateurs ne se contentèrent pas de rester là. Ils tinrent à respecter la prévision de l’oracle en 

Trois Irokos à l’arrivée!

C’est alors que contre toute attente, ils aperçurent trois irokos, chacun d’entre eux distant l’un de l’autre. Le premier à quelques encablures de l’actuel emplacement de la cathédrale Saint-Pierre-Claver de Lokossa, le deuxième à Lokoviguè sur la voie de Ouèdèmè et un troisième au nord de la clôture de la mairie de Lokossa.

Kossou Agbon et ses compagnons repartirent à Toffo pour rendre compte au roi Totoh de leurs découvertes. Les consultations ultérieures auprès de l’oracle Fâ permirent de préciser la position exacte de l’iroko recherché. Il s’agissait du troisième arbre, celui situé non loin de l’emplacement de l’actuelle mairie de Lokossa.

Le roi Totoh partit alors avec sa communauté divisée en trois groupes, chaque groupe étant dirigé par un des trois explorateurs.
Kossou-Agbon s’installa avec le premier groupe sous le fameux iroko. Les deux autres groupes et le roi Totoh les rejoignirent par la suite. Le roi donna alors comme nom à ce lieu «Lokotinsa», ce qui signifie: «Sous un iroko», en langue kotafon. C’est ainsi que selon les autochtones, le fameux iroko servit d’abri aux fondateurs de la ville et permit aux autres de rejoindre les premiers venus.

Au fil du temps, le fameux iroko serait devenu le refuge des sorciers. Mais un jour, sous l’effet d’un vent violent, il serait tombé de lui-même avec toutes ses racines. Miraculeusement, des années plus tard, l’arbre aurait repoussé au même endroit. Cependant, d’après les autochtones, les graines de l’arbre d’origine ne se trouvaient pas sur ces lieux. Le nouvel iroko, quant à lui, existe toujours.


Selon les autorités locales, sa régénérescence a fait renaître l’espoir d’une terre promise par les fondateurs de Lokotinsa, d’où le qualificatif ou le slogan : « Lokossa, la ville de l’espérance ».
Aujourd’hui, la statue de Kossou-Agbon est érigée dans un espace vert situé sur le tronçon allant du magasin PAM à l’hôpital de zone de Lokossa dans le quartier Takon afin de rappeler l’importance de son rôle dans la fondation de la ville. Quant à celle de Totoh Gnawoh, elle est implantée au carrefour du collège d’enseignement général de Lokossa.


Par ailleurs, l’histoire rapporte la forte et rapide popularisation de Lokossa. C’est aujourd’hui la ville administrative de la commune et du Mono, un des départements du Bénin. Ses habitants mènent des activités économiques, telles que l’agriculture, le commerce, l’artisanat et la pêche. Les Kotafons ont été depuis rejoints par plusieurs groupes sociolinguistiques, notamment les Adja, Yorouba, Mina, Goun etc.

Sébastien Guidi
Directeur de la radio Mono
Lokossa, Bénin
guificrespin@yahoo.fr

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À propos de l'auteur

Lionel

Auteur du blog Visiter le Bénin. Lit beaucoup, adore voyager et ne passe pas une journée sans apprendre quelque chose.


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